Il n’y a pas de raccourcis vers un monde sans racisme

« Pour chaque tentative faite par des personnes marginalisées d’exprimer leur angoisse et de mettre fin á des préjudices historiques (et continus), il y a toujours une riposte de ceux qui exigent que nous souffrions uniquement de la manière attendue, exprimions cette souffrance avec un ton acceptable et mettions fin à nos souffrances et nos plaintes sur demande. »

N.K. Jemisin, 2019[1].

Bien que des progrès tangibles aient été accomplis dans certains domaines des droits humains, reste que le racisme passe encore trop souvent inaperçu, la question migratoire est appréhendée selon des termes dictés par des politiciens réactionnaires et les politiques européennes de développement international sont fondées sur des prémisses et des hypothèses héritées de l’époque coloniale.

Aux objections de « Vous risquez de semer la division ! »  « Pourquoi se concentrer sur le négatif »?, la réponse est la suivante: parce que le racisme tue, parce que les inégalités peuvent être fatales, parce que l’aide à la coopération peut nuire. Lorsque tant de vies sont rendues précaires par les politiques et la politique, être complaisant, c’est être complice.

Promouvoir des politiques qui respectent l’égalité intrinsèque de toutes les personnes partout dans le monde, et contribuer à insuffler les valeurs Quaker de paix, de justice et d’égalité dans l’élaboration des politiques et les pratiques européennes sont le fondement du travail de QCEA. Afin d’atteindre un idéal de justice et l’égalité : l’injustice et les inégalités doivent être nommées et remédiées. Nous ne pouvons pas nous précipiter vers un dénouement heureux sans d’abord reconnaître la douleur et la souffrance endurées, comprendre les systèmes et les structures qui créent, nourrissent et maintiennent les inégalités, tenter de réparer les dommages et être inclusif dans la construction d’un monde où l’égale valeur de tou·tes est reconnue.

« Une civilisation qui s’avère incapable de résoudre les problèmes que suscite son fonctionnement est une civilisation décadente. Une civilisation qui choisit de fermer les yeux à ses problèmes les plus cruciaux est une civilisation atteinte. Une civilisation qui ruse avec ses principes est une civilisation moribonde. » 

Aimé Césaire, Discours sur le Colonialisme, 1950

Le programme des Droits Humains de QCEA vise à créer un espace dans le domaine de l’élaboration des politiques des droits humains qui remet en question et perturbe les hiérarchies profondément ancrées qui continuent à nous rendre inégaux. Pour atteindre cet objectif, il est essentiel de s’attaquer aux causes fondamentales de l’injustice et des inégalités. Il est nécessaire que notre plaidoyer soit enraciné dans le vécu des droits humains et informés par les voix des personnes volontairement poussées à la marge par ceux en position de pouvoir.

Ces derniers mois, QCEA a invité des interlocuteurs pour réfléchir aux dilemmes qui ralentissent les changements positifs et explorer des alternatives au discours politiques actuels sur la migration. Nous cherchons à partager les points de vue des personnes qui, de leur position – en marge – sont depuis longtemps occupées à travailler pour une meilleure issue pour tou·tes. À travers différents formats, QCEA crée des opportunités de dialogue véritable, en s’assurant que l’espace offert est enrichissant pour toutes les parties impliquées. Certains viendront pour écouter et certains devront être encouragés à parler, leurs voix ou rauque pour avoir crié si longtemps de l’extérieur, ou murmure dû à la lassitude ou à la peur. Ce travail sera parfois inconfortable, déroutant, mais ainsi est la nature même du changement.

En 1987, près de 40 ans plus tard, Césaire écrivait encore :

« Oui, nous constitutions bien une communauté, mais une communauté d’un type bien particulier, reconnaissable à ceci qu’elle est, qu’elle a été, en tout cas qu’elle s’est constituée en communauté : d’abord, une communauté d’oppression subie, une communauté d’exclusion imposée, une communauté de discrimination profonde. Bien entendu, et c’est à son honneur, en communauté aussi de résistance continue, de lutte opiniâtre pour la liberté et d’indomptable espérance[2]. »

À nous de continuer à faire vivre cette espérance.


[1] https://ew.com/books/2019/02/25/parable-octavia-butler-reissue/

[2] Discours sur la Négritude, 1987

Photo: Miki Jourdan (CC)

One thought on “Il n’y a pas de raccourcis vers un monde sans racisme

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out /  Change )

Google photo

You are commenting using your Google account. Log Out /  Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out /  Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out /  Change )

Connecting to %s

<span>%d</span> bloggers like this: