Réflexions sur une politique étrangère féministe pour l’avenir

Parmi les (nombreux) éléments mis en évidence par le COVID-19, il y a le fait que nos sociétés sont profondément inégalitaires et que nos gouvernements n’ont pas réussi à lutter contre ces inégalités exacerbées par la crise. Au moment où nous essayons d’imaginer un monde post-COVID, il est important de profiter de ce temps pour réfléchir à la manière de mieux reconstruire et de bâtir des sociétés résilientes, égales et justes. Imaginer ce nouveau système est ce que nous faisons, au sein du Quaker Council for European Affairs.

Dans cette optique, j’ai suivi de nombreuses conversations et lu des articles portant sur la politique étrangère féministe et pourquoi cela devrait faire partie des solution pour l’avenir. Il est difficile de trouver une définition unique de la politique étrangère féministe mais j’ai choisi d’utiliser celle du Centre for Feminist Foreign Policy (CFFP), d’abord parce que je la trouve très complète et ensuite parce que j’ai énormément appris grâce à cette organisation: “«La politique étrangère féministe est un cadre politique axé sur le rééquilibrage des inégalités de pouvoirs, dans lequel l’objectif premier des politiques étrangères et de sécurité est de répondre aux besoins des personnes les plus marginalisées de la société. Ce faisant, une politique étrangère féministe reconnaît tout d’abord que les injustices et les inégalités (…) existent de manière interconnectée au niveau local et mondial. Ensuite, une politique étrangère féministe exige que tous les outils de politique étrangère et de sécurité soient utilisés pour réduire ces inégalités.” En 2014 la Suède a été le premier pays à adopter une politique étrangère féministe, elle a été suivie en 2017 par le Canada et sa politique d’assistance international féministe. Ensuite en décembre 2019 la France a annoncé l’adoption d’une diplomatie féministe, et enfin le Mexique a adopté une politique étrangère féministe en janvier 2020, devenant ainsi le premier pays du Sud à en faire autant.

“Le monde n’a pas encore vu une nation vraiment grande et vertueuse parce que dans la dégradation des femmes, les fondements mêmes de la vie sont empoisonnés à la source”

Lucretta Mott (1793-1880) – Quaker, militante anti-esclavagiste et défenseur des droits des femmes.

Grâce à une série d’événements organisés par CFFP sur le sujet, j’ai pu approfondir ma réflexion sur la signification de la mise en œuvre d’une politique étrangère féministe, et plus particulièrement sur la notion même de politique étrangère. Alors qu’une politique étrangère féministe semble être un bon cadre pour l’avenir, en ce qu’il permet de s’attaquer aux problèmes d’inégalité, d’exclusion et de discrimination et repose sur la justice et les droits de l’homme, il semble qu’une politique étrangère féministe ne peut réellement atteindre ses objectifs s’il n’y a pas de vraie réflexion sur le fait que la politique étrangère, comme elle est mise en œuvre aujourd’hui, a un important héritage raciste et colonial qui doit être pris en compte et rectifié. À QCEA, nous pensons que nous n’avons pas à ‘choisir nos batailles’ entre antiracisme et féminisme, l’un n’est pas plus important que l’autre. Notre travail pour la paix, l’égalité et la justice nécessite de reconnaître les interconnexions entre les problèmes découlant de l’inégalité et de l’oppression, et de s’attaquer à ces problèmes ensemble.

La politique étrangère, comme elle est aujourd’hui, semble être avant tout un concept et une pratique qui perpétuent un système de domination racialisé hérité du colonialisme. De plus, le terme même de ‘politique étrangère’ est problématique, particulièrement l’adjectif ‘étrangère’ en ce qu’il établit une distinction claire entre ‘nous’ et ‘les autres’ et peut renforcer un système de domination et de relations de pouvoirs problématiques entre les ‘donateurs’ et les ‘bénéficiaires’. La question ici est : Qui est l’étranger dans la politique étrangère ?

De plus, si on examine de plus près les pays avec une politique étrangère féministe ils sont situés en majorité dans le ‘Nord’, à l’exception du Mexique, dont la politique est encore trop jeune pour évaluer son impact. Ces pays n’ont pas ressenti le besoin de nommer leur politique intérieure féministe, même s’ils font des efforts dans ce sens chez eux, mais il est toujours plus simple de dire aux autres (les étrangers?) quoi faire plutôt que le faire chez soi.

En conclusion, une politique étrangère féministe semble assez idéale sur le papier, et bien sûr nous devrions aller dans cette direction, mais une réelle réflexion sur l’héritage raciste et colonial est nécessaire afin de ne pas faire plus de mal que de bien. J’espère sincèrement qu’une politique étrangère féministe antiraciste et anti-coloniale est possible pour l’avenir, et j’espère surtout qu’un jour il ne sera plus nécessaire d’appeler une politique féministe ou antiraciste car ce sera devenu la norme.

Pour de nombreux Quakers, aussi bien par le passé qu’aujourd’hui, l’inclusion des femmes fait partie de ce que l’on appelle désormais le «Témoignage d’Égalité», qui siège aux cotés du Témoignage des Quaker contre la Guerre, plus tard appelé le Témoignage de Paix des Quaker. Le leadership a été ouvert aux femmes dès le tout début du mouvement Quaker dans les années 1650. En rupture avec l’époque, un grand nombre – voire peut-être la majorité – des Quakers de premier plan étaient des femmes, elles voyageaient seules et publiaient leurs écrits – deux choses rares en Europe à cette époque.


Clémence Buchet–Couzy est Assistante du programme de paix à QCEA.

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