L’éthique derrière les images de certaines ONGs

Auteur: Quynh-Yen Kohnert

De nos jours, la majorité des informations que nous recevons passe par les médias sociaux. Ces derniers sont devenus tellement omniprésents qu’il est dès lors facile d’en ignorer la majeure partie. La compétition visant à attirer l’attention des lecteurs peut inciter les ONGs à utiliser des images plus explicites pour leurs propres intérêts, plutôt que pour les intérêts de leur sujet et ce, sans réfléchir aux questions éthiques impliquées.

La plupart d’entre nous comprenons la motivation qui se cache derrière le ‘Porno de la pauvreté’, de l’anglais ‘Development porn’; “tout type de média, écrit photographié ou filmé qui exploite la condition des pauvres pour générer de la sympathie”, pour atteindre et sensibiliser un plus large public. Ce type d’image peut faire plus de mal que de bien. Il peut violer les droits d’un individu, exposer ceux qui ne veulent pas nécessairement être identifiés, ou renforcer les stéréotypes et enflammer la xénophobie. Certains gouvernements utilisent et entretiennent ces messages lorsque cela est dans leur intérêt. Par exemple, il n’est pas rare que les réfugiés soient utilisés comme bouc émissaire à des fins politiques. En Grande-Bretagne, Priti Patel et Boris Johnson ont utilisé un langage scandaleux qualifiant la situation “d’épouvantable” et de “très mauvaise, stupide, dangereuse et criminelle”.

À quel point les images misérabilistes posent-elles des défis éthiques aux ONGs?

Les images misérabilistes sont couramment utilisées dans les ONGs pour insister sur l’urgence et le désespoir. Cependant, des photos telles que celle du UNHCR intitulée; ‘Réfugié ou migrant ? Le choix des mots compte’ par le photographe Andrew McConnell et un portrait de Renee Bach tenant un enfant souffrant de malnutrition (ci-dessous) soulèvent des questions éthiques sur le consentement, la protection et le droit à la vie privée. Quelle est donc l’intention derrière l’utilisation de ces images : susciter l’empathie, ou concourir pour l’attention ou le financement… ?

Source image: UNHCR

De même, l’utilisation d’images dites de ‘Sauveurs blancs’ pose problème. Selon le rapport de AlJazeera: L’aide humanitaire a-t-elle un problème de ‘sauveur blanc’? Renee Bach, fondatrice de SHC (Serving His Children) – organisation à but non lucratif qui lutte contre la malnutrition en Ouganda, a été accusée de se faire passer pour une professionnelle médicale lorsqu’elle soignait des enfants. Indépendamment des motivations qui ont motivé la création de cette ONG en premier lieu (“Cette femme savait très bien qu’elle n’avait aucun diplôme médical, mais elle a transformé les enfants en corps à expérimenter.” – Alaso Olivia Patience, la cofondatrice du No White Saviors), la photo du blog mise en ligne par Amanda (ci-dessous) caractérise l’éthique discutable de cette mentalité. Elle dépeint un enfant malnutri comme une ‘séance photo’ pour Bach et une jeune femme à ses côtés. L’enfant est visiblement mal à l’aise, les femmes ont cependant pris la pose, en dépit des apparences et ce qu’elles révèlent sur la vulnérabilité et le déséquilibre de pouvoir entre le sujet et le photographe.

illustration de l’auteur, à partir d’une photographie sur un blog

Des images misérabilistes sont parfois utilisées pour le parrainage d’enfants réfugiés. Cela peut sembler généreux mais soulève néanmoins des préoccupations morales. Tout le concept de publicité utilisant des enfants pour la collecte de fonds est contraire à l’éthique. Faire de ces enfants des produits commercialisables vole leur dignité, expose les détails personnels de leur identité, augmente le risque de favoritisme et sape leur droit à la protection et à la sauvegarde. Les ONGs devraient être tenues responsables et, le cas échéant, être condamnées lorsqu’elles violent les droits des personnes qu’elles prétendent vouloir soutenir. Il existe d’autres moyens pour les ONG d’utiliser des images pour démontrer les progrès et l’utilisation des fonds donnés, comme des photos ‘avant’ et ‘après’ des communautés qui y consentent, sans se concentrer sur le malheur des individus.

Une image éthique est une image qui évite les stéréotypes. Nous devons nous demander si elle nous incite à réagir de manière rationnelle, ou si elle est conçue pour déclencher une réponse émotionnelle par une ONG qui se focalise davantage sur l’obtention de résultats que sur la dignité des communautés servies. Les images doivent être évaluées non seulement en fonction de leur contribution à l’organisation elle-même, mais aussi de leur impact sur le sujet dont l’image est utilisée et sur la compréhension des téléspectateurs. Par conséquence, les organisations humanitaires devraient reconnaître et créditer leurs sujets.

J’invite mes lecteurs à méditer sur la citation de Kant: “Agis de telle sorte que tu traites l’humanité, aussi bien dans ta personne que dans la personne de tout autre, toujours en même temps comme une fin, et jamais simplement comme un moyen .” – Fondements de la métaphysique des moeurs (1785).

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out /  Change )

Google photo

You are commenting using your Google account. Log Out /  Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out /  Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out /  Change )

Connecting to %s

<span>%d</span> bloggers like this: