La solidarité vaccinale – pas seulement un terme à la mode mais la clé pour protéger les vies humaines ainsi que l’économie mondiale.

image de Gabby K via pexels.com

La pandémie est pour nous une chance de nous rassembler en tant qu’humains.

Je pense sincèrement que la pandémie actuelle de la Covid-19, tout comme la crise climatique, peut être considérée comme une chance autant que comme un test pour l’humanité. Allons-nous réussir ce test en travaillant ensemble, indépendamment des frontières nationales, de la répartition des richesses et des différences culturelles ? Je suis d’accord avec les experts en épidémiologie sur le fait que nous ne pouvons surmonter la pandémie que si nous, en tant qu’humains, nous réalisons que le virus ne respecte pas les frontières nationales et que si nous utilisons des approches holistiques, en prenant soin de tous les êtres humains, et pas seulement de ceux qui sont à l’intérieur de nos frontières et dans des communautés proches de nous. Je suis convaincue que pour sauver autant de vies que possible et pour maintenir les dommages globaux au plus bas niveau, nous devons prendre soin en priorité des plus vulnérables et non des plus riches. Les plus vulnérables sont les personnes dont les conditions de vie augmentent leurs risques, les personnes âgées, les personnes qui ont un travail impliquant beaucoup de contacts humains, et enfin et surtout, les personnes qui vivent en détention en prison ou dans des camps où ils n’ont pas la possibilité de pratiquer la distanciation sociale et ont peu ou pas accès à des soins de santé. Travailler ensemble et distribuer le vaccin de manière équitable dans le monde est également le choix le plus rationnel d’un point de vue strictement économique.

Thésaurisation des vaccins et nationalisme vaccinal

Ce dont nous sommes témoins actuellement est bien loin d’une distribution stratégique des vaccins qui vise à atteindre en priorité les plus vulnérables. Les États les plus riches et les plus puissants ont eu accès au vaccin bien plus rapidement que les autres, se réservant des quantités énormes de vaccins. Dans le cas extrême du Canada, plus de cinq fois plus de vaccins que d’habitants ont été commandés à une pléthore de fournisseurs. Cela laisse les autres pays loin derrière. Par exemple, CNN rapporte que les décideurs politiques d’Amérique du Sud « ont du mal à rattraper » alors que la région «  compte environ 15% des cas de la Covid-19 signalés dans le monde, mais moins de 3% des doses mondiales de vaccins administrées jusque-là ».

De même, en Asie du Sud, les estimations actuelles montrent de grandes différences dans les calendriers de vaccination. Certains pays comme Singapour et le Vietnam envisagent un calendrier de vaccination avec une couverture vaccinale généralisée d’ici l’été 2022, alors que le Myanmar, le Laos, le Cambodge, les Philippines et l’Indonésie (qui ensemble constituent la majorité de la population de la région) devraient attendre au moins deux ans pour avoir une couverture vaccinale complète, selon un rapport de l’Economist Intelligence Unit (EIU).

Et, il y a peu de temps, les agences de presse ont rapporté que la Guinée était le premier pays africain à commencer à vacciner. Avec un énorme total de 25 doses. Oui, 25 pas 25.000. Pendant ce temps, on peut lire que les États-Unis ont réussi à vacciner jusqu’à un million de personnes en seulement une journée.

Matshidiso Moeti, le directeur régional pour l’Afrique à l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a dit « Il est profondément injuste que les Africains les plus vulnérables soient forcés d’attendre pour des vaccins alors que dans les pays riches des groupes à faible risque sont protégés. » Cela souligne vraiment l’injustice et les différences de traitement entre les personnes selon où elles vivent sur la planète. La santé est un droit humain fondamental. Ce que nous voyons se produire dans le monde ne reflète pas cela.

Ce que font des pays comme le Canada s’appelle de la ‘thésaurisation des vaccins’. L’expression à la mode ‘nationalisme vaccinal’ décrit ce que font des pays comme le Royaume Uni qui font tout pour obtenir l’accès aux vaccins avant les autres. Depuis cet hiver ces termes reviennent régulièrement dans nos fils d’actualité. Ce que nous devons défendre c’est le contraire : une solidarité vaccinale complète, basée sur des preuves scientifiques.

À ce stade, la solidarité à l’intérieur des frontières nationales doit aussi être mentionnée, puisque les campagnes de vaccinations peuvent potentiellement être discriminantes à l’égard des personnes qui n’ont pas de papiers ou les personnes avec plusieurs types ou sans assurance maladie.

Arguments économiques et moraux pour une solidarité vaccinale

Quand les pays accumulent les vaccins, ils privent d’opportunités d’autres pays qui n’ont pas les moyens ou l’influence nécessaires pour obtenir des doses de vaccins assez rapidement. Il est évident que les responsables de tous les pays subissent énormément de pression pour fournir à leurs résidents des vaccins le plus rapidement possible. Et il n’est pas surprenant que le meilleur moyen pour y arriver soit d’obtenir autant de doses que possible et de mettre la main dessus. Cependant, cette approche est égocentrique, irrationnelle et manque de vision à long terme et ce pour plusieurs raisons.

Tout d’abord, la nature, et donc le virus, ne connaît aucune frontière, nationale ou régionale. Ce n’est ni logique ni efficace d’utiliser des approches nationales qui ne prennent pas en compte les stratégies de vaccination des pays voisins. Ce qu’il faut c’est une approche globale qui vaccine d’abord les plus vulnérables et ensuite tous les autres. La richesse et le pouvoir d’un pays par rapport à un autre ne doivent en aucun cas l’emporter sur les faits et les stratégies logiques. Aussi, comme le dit Stephen Cockburn d’Amnesty International, l’approche prise par beaucoup de pays est « injuste et aussi à très court-terme… Si vous vaccinez seulement une partie du monde, vous ne pouvez toujours pas vraiment ouvrir le commerce ou le tourisme mondiaux et vous risquez le retour du virus. » Ce dernier point ne serait dans l’intérêt de presque personne. En outre,l’économie mondiale est un réseau interconnecté, ce qui signifie que les États les plus riches vont perdre des milliards d’Euros à cause d’étapes manquantes dans les chaînes de production lorsque la production a lieu dans un pays paralysé par la pandémie. « Vacciner un cinquième de la population vulnérable mondiale coûterait moins de quarante milliards de dollars ; ne pas le faire pourrait entraîner des pertes de plus de 1,8 trillion de dollars », ont expliqué des experts dans une interview du New Yorker. Cela signifie que même si on exclue l’argument moral, choisir la solidarité vaccinale est l’action la plus rationnelle et sensible que les États les plus riches comme les États européens peuvent prendre. C’est dans leur intérêt personnel.

Le calendrier vaccinal mondial – et ce que cela pourrait signifier

De quels délais parlons-nous en termes de vaccination dans différentes parties du monde, sachant que la situation change constamment ? Anna Marriott, responsable de la politique sanitaire d’Oxfam, déclare « À moins que quelque chose ne change radicalement, des milliards de personnes dans le monde ne vont pas recevoir un vaccin sûr et efficace contre la Covid-19 dans les années à venir ». Le Centre mondial d’innovation en termes de santé de Duke aux États-Unis a estimé que « de nombreuses personnes dans les pays à faible revenu pourraient devoir attendre 2023 ou 2024 pour se faire vacciner ». Ce calendrier a le potentiel non seulement de nuire grandement à la santé des habitants de ces pays mais également de nuire à l’économie ». Ma théorie est que les pays qui vaccinent en premier vont avoir une généreuse longueur d’avance et pourraient revenir à une ‘nouvelle normalité’ beaucoup plus tôt, tandis que les autres pays doivent encore faire face à des verrouillages qui paralysent des parts importantes de leurs systèmes économiques. Résultat : le fossé entre les pays les plus chanceux du monde et les soi-disant ‘pays en développement’ pourrait se creuser considérablement. Il faut aussi mentionner que plus le virus circule longtemps plus il a la possibilité de muter et de devenir potentiellement plus dangereux.

Une perspective quaker et un appel à agir

Notre témoignage quaker d’égalité et notre croyance qu’il y a « ça de Dieu en chaque personne » ont inspiré les Quakers dans le passé à s’élever contre des injustices telles que l’esclavage, la discrimination et la violence. Aujourd’hui, nous devons également prendre la parole et défendre les intérêts des moins privilégiés et lutter contre les inégalités croissantes dans le contexte mondial actuel. Je suis persuadée que la lutte pour savoir qui sera le premier à se faire vacciner est en train de se transformer en une autre de ces injustices que nous, Quakers, devrions dénoncer. Non seulement parce qu’elle pourrait sauver de nombreuses vies, mais aussi parce qu’elle risque de creuser davantage le fossé mondial entre les riches et pauvres, ainsi que l’inégalité de traitement entre les habitants avec ou sans papiers dans des pays où la vaccination est liée à la citoyenneté. 

Nous devons prendre la parole et rappeler aux décideurs politiques leurs obligations morales de solidarité et d’humanité, tout en renforçant notre position morale par des arguments scientifiques et rationnels solides qui soulignent que le nationalisme vaccinal égocentrique et la thésaurisation des vaccins ne sont ni durables ni le moyen le plus efficace de vaincre la pandémie.

En tant que Quakers, qui prennent leurs témoignages d’égalité, de communauté et de paix sérieusement, nous devons plaider en faveur d’approches humanistes qui ne laissent pas derrière elles les personnes détenues en prison ou dans d’autres centres de détention, mais qui les traitent avec dignité comme les êtres humains qu’elles sont. Nous devons nous battre pour des solutions qui ne creuseront pas davantage le fossé entre les personnes et les pays les plus riches du monde et les plus pauvres. Joignons-nous à d’autres groupes et organisations qui appellent à une solidarité vaccinale.

Lena Hofmaier, Assistance Communications à QCEA

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out /  Change )

Google photo

You are commenting using your Google account. Log Out /  Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out /  Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out /  Change )

Connecting to %s

<span>%d</span> bloggers like this: